Dans nos régions, les paroisses ont commencé à se structurer aux VIIIe-IXe siècles et dès cette époque, le petit hameau de Wegnez était compris dans la paroisse de Soiron. L’église paroissiale se trouvait donc à 3 km qu’il fallait parcourir à pied, par monts et par vaux, en toutes saisons, souvent par des chemins boueux, enneigés, voire impraticables.


Mais, au cours des siècles, le hameau était devenu village et, vu l’éloignement, les manants de Wegnez obtinrent l’autorisation d’avoir une « chapelle », desservie par un vicaire de Soiron. Ils édifièrent à leurs frais un bâtiment, consacré le 28 juillet 1521 et assez vaste pour qu’ils puissent y entendre les offices religieux. C’est l’origine de notre église Saint-Hubert, située au cœur même de la première implantation sédentaire que l’on peut dater du milieu du VIe siècle.


Un document de 1693 atteste, à Wegnez, une population de 387 habitants. C’est pourquoi, en 1709, ceux-ci obtiennent d’avoir un prêtre à demeure sans toutefois échapper à la tutelle de l’église paroissiale. Ainsi, les offices rémunérés – baptêmes, mariages, obsèques – étaient toujours célébrés en l’église de Soiron, mais les manants de Wegnez, parce qu’ils étaient propriétaires de leur chapelle, en étaient les collateurs : ils pouvaient choisir leur prêtre desservant. Et, bien entendu, ils s’attachaient à l’entretien de leur bâtiment. Au cours du XVIIIe, on fit de nombreuses réparations à la chapelle, on l’agrandit en 1717, et on la reconstruisit entièrement en 1771, en lui adjoignant une tour occidentale qui accueillit aussitôt deux cloches fondues chez Chaudoir, à Liège. La première, en 1774, pesait 170 kilos, mesurait 52 cm de hauteur et 65 cm de diamètre et donnait le son « ré ». La seconde, pesait environ 500 kilos, mesurait 62 cm de hauteur et 77 cm de diamètre. Elle donnait le « do », fut bénite le 2 mai 1780, sous le nom de Carolina et porte l’inscription « S HUBERTE OPN » (Saint Hubert, prie pour nous). C’est à la même époque qu’on installa dans la tour une horloge dont le cadran orienté vers la place n’avait qu’une seule aiguille pour marquer les heures.


Après tous les événements de la période révolutionnaire et l’annexion de nos principautés à la République française, le concordat signé, dans la nuit du 15 au 16 juillet 1801, entre le Premier Consul Napoléon Bonaparte et le Pape Pie VII mit fin au contentieux qui existait entre l’Etat français et la Papauté, ce qui amena une nouvelle organisation des diocèses, des paroisses et des communautés religieuses. Ainsi, fut instituée, le 30 septembre 1803, la paroisse de Wegnez Saint-Hubert. En notre église, une statue de notre saint Patron, en bois polychrome, datée de la fin du XVIIIe siècle, représente l’évêque de Liège, protecteur des chasseurs et des cavaliers, cor en main, le pied droit en avant et le regard tourné vers la gauche.


La création de la paroisse fut accueillie, à Wegnez, avec la plus grande satisfaction et la générosité de plusieurs familles bien nanties permit de nombreux achats pour meubler l’église, d’autant que c’était une époque où l’on pouvait acquérir, à bon compte, du mobilier provenant d’anciennes institutions. C’est ainsi que deux autels, les stations d’un chemin de croix attribuées au peintre verviétois Laurent Joseph Follet (1738-1788) et une statue de saint Antoine de Padoue furent achetés dans un couvent de Liège. En 1840, on fit l’acquisition des anciennes stalles de l’église Saint-Remacle à Verviers et d’une armoire de sacristie.

Les fonts baptismaux en pierre calcaire, d’une hauteur de 110 cm, sont datés de la fin du XVIIIe siècle mais nous ignorons tout des origines et de l’installation de la chaire de vérité.

À cette époque, l’extérieur de l’église était crépi au mortier couleur pierre et, primitivement, les murs intérieurs étaient passés au blanc de chaux, mais ils furent peints dès le milieu du XIXe siècle.


Dans le domaine des célébrations liturgiques, une acquisition fut particulièrement importante dès la création de la paroisse : l’achat d’un orgue, provenant de l’ancienne maison des Sœurs dominicaines de Theux et qui avait coûté 720 florins de Liège. Il s’agissait d’un orgue rudimentaire, comportant quelques jeux et un seul clavier manuel. C’est pour y installer cet instrument que le jubé du fond de l’église fut agrandi et doté d’un garde-corps en chêne.

L’ensemble ne manquait pas d’une certaine allure. La partie centrale était occupée par le buffet d’orgue qui présentait, en façade, les tuyaux de montre et une exhortation peinte en caractères ornementés : Laudate Deum Canticis et Organo (Louez Dieu par les chants et par l’orgue). La partie gauche à laquelle on accède par l’escalier était occupée par un énorme soufflet qu’un brave homme actionnait en appuyant alternativement sur des pédales pour alimenter l’instrument. De l’autre côté, se trouvait le clavier pour l’organiste et un espace réservé au chantre et aux chanteurs. Encore fallait-il rétribuer l’organiste. C’est pourquoi il s’établit, le 13 ventôse an XIII (le 4 mars 1805) une « Société de la Jeunesse pour la joue de l’orgue » avec comme objectif de recueillir des fonds par des collectes annuelles auprès des membres et qui, en 1809, prit comme patron le « Saint Ange Gardien ». Et, le 2 mai 1838, une bulle du Pape Grégoire XVI érigeait cette société en « Confrérie des Saints Anges Gardiens ».

Celle-ci institua vers 1859 une messe en musique en l’honneur de saint Sévère. Cet office, célébré le 2 février, était suivi par de nombreux groupes de tisserands venus de Verviers et des environs qui, en 1863, firent don d’une navette en argent. Ce qui explique la présence, en notre église, d’une belle statue du saint évêque vénéré en cette occasion et qui tient en sa main droite la navette d’un métier à tisser. Il semble que cette confrérie ait cessé ses activités à la fin du XIXe siècle et que la cérémonie religieuse, moins fréquentée depuis plusieurs années, ait disparu pendant la guerre de 1914-1918.


La population de Wegnez, qui comptait vers 1850 un millier d’habitants, a plus que triplé à la fin du XIXe siècle : conséquence d’une nouvelle route établie à partir de 1825 dans la vallée de la Vesdre et qui a donné naissance aux quartiers de Purgatoire, Croix Rouge et Hodister. Dès lors, l’église Saint-Hubert était devenue trop petite pour contenir l’ensemble des fidèles et, en 1898, elle fut transformée par l’adjonction d’un transept et d’un chœur à chevet plat. Les anciens murs de la nef furent renforcés et reconstruits en moellons de grès ; les fenêtres, en plein cintre, furent agrandies et faites à deux travées de sorte que du bâtiment de 1771 ne subsistent plus que la tour carrée et le pignon occidental du vaisseau. Dans le chœur, considérablement élargi, on érigea un nouvel autel avec, au centre d’un retable peint, un tabernacle de style néo-gothique. Le chevet s’ornait de trois vitraux dédiés, respectivement, au Christ « Sauveur du Monde », à sainte Elisabeth et à saint Norbert.

Deux confessionnaux de style néo-gothique eurent leur place dans le transept et l’orgue fut complètement restauré par l’acquisition de nouveaux jeux, d’un nouveau clavier et d’un pédalier.

Ce sont les difficultés d’approvisionnement en luminaire – pénurie d’huile de pétrole, rareté et prix des bougies – qui ont amené, dès le début de la guerre 1914-1918, le Conseil communal à permettre le raccordement électrique aux particuliers et à l’imposer dans les bâtiments communaux, dont l’église. Puis on procéda à diverses adaptations dans l’organisation du chœur et à certaines modernisations comme la mise en place, vers 1926, d’un moteur électrique pour actionner le soufflet d’orgue et, en 1938, d’une nouvelle horloge.

Après la période de guerre 1940-1945 et les années de l’après-guerre, il fallut bien faire le bilan de ces années difficiles.

D’abord, en 1943, les autorités allemandes avaient fait enlever de notre clocher sa plus ancienne habitante. Après les hostilités, les recherches faites par la commission ministérielle chargée de la « sauvegarde, la récupération et le remplacement des cloches de Belgique » constate que notre cloche doit être considérée comme perdue ; son replacement se fera donc aux frais de l’Etat selon l’arrêté royal du 5 avril 1954. C’est ainsi que cette nouvelle cloche, fondue aux Ateliers Michiels Jr à Tournai, a été bénite et inaugurée le dimanche 9 mars 1959, dédiée « au Cœur immaculé de la Bienheureuse Vierge Marie » comme l’atteste un joli médaillon représentant un buste de la Vierge Marie en prière, les mains jointes.

Le 5 février 1945, dans la grisaille de l’aube, un engin de type V1 s’est écrasé dans une des prairies du Thier. En ce petit matin pluvieux, les vitraux du chœur se sont effondrés sans qu’il y ait le moindre espoir de les reconstituer.

Enfin, les orgues étaient devenues inutilisables : la soufflerie est épuisée, le moteur électrique est bruyant et saccadé, beaucoup de tuyaux sont abîmés et l’organiste accompagne les offices sur un harmonium prêté pour les besoins de la cause. C’est pourquoi, le 25 octobre 1959, on procéda, enfin, à l’inauguration de nouvelles orgues comportant 16 jeux répartis sur deux claviers manuels de 56 notes chacun et un clavier de pédale séparée de 30 notes.

Suivirent tous les travaux d’entretien et d’aménagement : peinture et décoration des murs, installation d’un chauffage central, rénovation de l’installation électrique avec mise en place de micros en plusieurs endroits, installation de mise en volée électrique pour les deux cloches avec tableau de commande à la sacristie pour les diverses sonneries, rénovation des escaliers de la tour, lutte contre l’humidité dans les murs avec renouvellement du plancher de la nef et l’achat de chaises nouvelles pour les assistants ; ainsi que divers travaux extérieurs.


Vint le concile Vatican II (1962-1965) qui a rendu obsolète beaucoup de traditions surannées en favorisant une nouvelle intelligibilité des croyances et de nouvelles pratiques religieuses. Le culte en a été modifié, de même que l’agencement des églises. Et le patrimoine de beaucoup de petites églises a eu à en souffrir.

Chez nous, l’agencement du chœur a été complètement modifié. L’ancien autel a été dépouillé de tous ses ornements et le retable a disparu. Le tabernacle a été scellé dans un mur latéral et un autel a été installé en bordure du transept où le prêtre fait face à la l’assemblée des fidèles. De même l’ambon est devenu un meuble essentiel où les lectures, certaines prières, l’homélie et les communications sont adressées à l’assemblée des fidèles. Ainsi, a disparu la chaire de vérité, ornée de bas-reliefs sculptés des quatre évangélistes. De même que le banc de communion offert par la veuve de Pierre Closset décédé en 1891 non loin du carrefour de Cinq Chemins.

Les statues en plâtre peint qui ornaient la nef, dont celle de l’ange gardien, entreposées dans de mauvaises conditions, n’ont pu être conservées.


Pour un complément d’information, veuillez consulter :


Henri BAIVERLIN,

Histoire de la Paroisse Saint-Hubert à Wegnez (1803-2003),

Verviers, Libraire La Dérive, 2005.


Institut Royal du Patrimoine Artistique,

Ministère de la Culture Française, Répertoire photographique du mobilier des sanctuaires de Belgique,

Province de Liège,

Canton de Verviers II,

Bruxelles, 1980.